Nexus Sango

Annela : Plongez au cœur de l’actualité africaine avec une analyse pointue et des reportages de terrain.

,

Centrafrique : La question de la nationalité de Dologuélé ravive les tensions à quelques jours de la présidentielle

Centrafrique : La question de la nationalité de Dologuélé ravive les tensions à quelques jours de la présidentielle

À moins de dix jours du scrutin présidentiel, la scène politique centrafricaine est secouée par une controverse juridique majeure autour de la candidature de l’ancien Premier ministre Anicet-Georges Dologuélé. Au cœur du débat : la validité de son certificat de nationalité et, plus largement, l’indépendance du processus électoral.

Tout commence avec une ordonnance rendue le 7 novembre 2025 par Roger Poussinga, Premier vice-président du Tribunal de grande instance de Bangui. Le magistrat déclare nul le certificat de nationalité n°15082, délivré à l’opposant le 6 octobre 2025. Largument central de l’ordonnance repose sur un point plus sensible : selon le Tribunal, Anicet-Georges Dologuélé aurait perdu sa nationalité centrafricaine en 1994, lors de l’acquisition volontaire de la nationalité française.


Une intervention du parquet qui interroge

Le 10 novembre, une note du Procureur de la République adressée au Conseil constitutionnel vient davantage enflammer le débat. Ce document remet en cause la validité du certificat de nationalité du candidat de l’Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA), alors même qu’aucune disposition juridique n’autorise le parquet à intervenir dans la procédure de validation des candidatures.

Selon l’article 94 de la Constitution et la loi organique n°17.004, seul le Conseil constitutionnel est habilité à apprécier la recevabilité d’une candidature à la magistrature suprême. Pour plusieurs juristes et observateurs, cette intervention du Parquet constitue une entorse à la séparation des pouvoirs et risque d’affecter la confiance du public dans l’impartialité du processus électoral.

Réaction de l’opposant : entre dénonciation et appel au soutien

Face à cette situation, Anicet-Georges Dologuélé, ancien Premier ministre de 1999 à 2001, dénonce « une justice instrumentalisée » et un « acharnement politique » visant à l’écarter de la course à la présidence.

« Vous avez un candidat qu’on est en train d’éliminer artificiellement. Ne restez pas inactifs. Montrez que vous avez un candidat », a-t-il lancé à ses sympathisants.

Il rappelle qu’il a déjà été candidat en 2016 et en 2020, où il avait obtenu des scores significatifs, dépassant 30 % lors du premier tour en 2020. Selon lui, rien dans sa situation juridique n’a changé depuis ces scrutins :


« Ma seule erreur est de vouloir devenir Président de la République. Pourquoi aujourd’hui on ne me reconnaît pas ? »

Dans un propos marquant, il affirme :

« Dans un pays, seuls les animaux n’ont pas de nationalité. Aujourd’hui, ils m’ont mis au même rang que les animaux. »


Sans citer de noms, il invite « ceux qui se disent plus centrafricains que les autres » à démontrer eux-mêmes la régularité de leur propre nationalité.

Pour ses partisans, l’affaire est claire. « C’est la peur d’une candidature crédible », estime Sondah Bouih Josiane, militante de l’URCA. « En 2016 et 2020, il a obtenu des scores importants. Les Centrafricains savent ce qu’ils veulent. »

Sondah Bouih Josiane, militante de l’URCA.

Un climat politique sous tension

Cet épisode intervient dans un contexte électoral particulièrement tendu. Les discussions sur la transparence du processus, la neutralité des institutions et l’accès équitable à la compétition politique sont au cœur des préoccupations de la population comme de la communauté internationale. À cela s’ajoutent des tensions économiques persistantes et des préoccupations sécuritaires encore vives dans plusieurs régions.

L’enjeu dépasse donc la seule candidature de Dologuélé : il touche à la crédibilité des institutions républicaines et à la stabilité politique du pays.

Le Conseil constitutionnel doit rendre sa décision finale le 16 novembre 2025. D’ici là, les déclarations se multiplient et les positions se crispent. Reste à savoir si la justice saura préserver son indépendance et si le processus électoral pourra se dérouler dans un climat apaisé, condition essentielle à la confiance des citoyens dans la démocratie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A propos de l’autrice

Annela Faustine Niamolo

Annela Faustine Niamolo, née à Bangui, en République Centrafricaine, est une journaliste, poétesse et scénariste passionnée par l’art et l’écriture. Son recueil de poèmes intitulé “Les larmes de mon cœur” a été publié en mars 2019. Titulaire d’une licence en journalisme, elle a débuté sa carrière à la radio locale du Réseau des Journalistes pour les droits de l’Homme (RJDH) avant de devenir journaliste photographe indépendante et correspondante pour l’AFP en République Centrafricaine en 2022. Engagée dans sa communauté, la journaliste continue sa formation journalistique en se spécialisant dans les questions d’environnement et de culture, tout en mettant en lumière les enjeux sociaux en Centrafrique.