Johannesburg (Afrique du Sud) Lors de l’African Investigative Journalism Conference (AIJC), des journalistes travaillant dans le Bassin du Congo ont présenté de nouvelles enquêtes portant sur les effets de l’exploitation minière dans cette région considérée comme l’un des principaux régulateurs climatiques de la planète. La session, dirigée par Juliette Chapalain, rédactrice en chef multimédia et bourses à Mongabay et Elodie Toto, journaliste spécialisée dans les thématiques sociales, environnementales, qui travaille notamment pour Mongabay Afrique a permis d’exposer des constats convergents : dégradation accélérée des forêts, pollution des cours d’eau et risques sanitaires pour les communautés locales.

Un rendez-vous majeur pour le journalisme d’investigation
Organisée par le Wits Centre for Journalism en Afrique du Sud, l’AIJC est la plus importante conférence de journalisme d’investigation du continent. Elle vise à renforcer les compétences d’enquête, favoriser les collaborations transfrontalières et mettre en lumière des problématiques peu documentées. L’édition 2025 marque la 21ᵉ année de cette rencontre.
Mongabay, un média d’enquête environnementale aussi présent
Mongabay, média international spécialisé dans les questions environnementales, publie des enquêtes approfondies sur la biodiversité, les forêts tropicales et les industries extractives. Son réseau réunit plus de 800 correspondants dans près de 70 pays. Son objectif : produire une information vérifiée afin de renforcer la transparence et soutenir la protection des écosystèmes.
Trois reportages vidéo ont été présentés, réalisés dans :
– la Sangha (RCA / Congo),
– Kolwezi (RDC),
– la réserve de Dimonika (Congo-Brazzaville).
Ces travaux montrent des tendances communes :
– ouverture de carrières minières dans les forêts,
– érosion et appauvrissement des sols,
– contamination de cours d’eau utilisés par les populations.
Les journalistes soulignent que ces transformations affectent une région essentielle à la régulation climatique mondiale.

Dimonika : une réserve protégée fragilisée
Le journaliste Berdy Pambou a présenté une enquête sur la réserve de biosphère de Dimonika, classée par l’UNESCO.
Son reportage documente l’implantation de sites miniers dans des zones censées être protégées, la fragmentation progressive de la couverture forestière et la pollution des rivières.
Les communautés locales perdent l’accès à des espaces traditionnellement utilisés pour l’agriculture, la pêche ou la collecte. L’absence d’application des réglementations environnementales est mise en avant comme principal facteur aggravant.
Kolwezi : les risques sanitaires pour les femmes laveuses de minerais
Le journaliste Didier Makala a présenté une enquête portant sur les femmes employées comme laveuses de minerais dans la région de Kolwezi (RDC). Ces travailleuses nettoient manuellement les matériaux extraits dans les rivières pour en séparer les fragments de valeur, sans équipements de protection.
Selon l’enquête du journaliste Didier :
« Partout où il y a concentration de cobalt, les doses de rayonnements sont plus élevées. Les femmes s’y exposent directement. »
Les témoignages recueillis font état :
– de fausses couches répétées,
– de saignements de nez,
– et de complications gynécologiques graves.
L’un des cas rapportés concerne une jeune femme ayant perdu deux enfants et subi deux interruptions de grossesse en deux ans.
« Il y a une jeune femme qui explique avoir perdu, en deux ans, deux enfants à cause de saignements de nez, et subi deux grossesses interrompues. » Confie le journaliste Didier Makala qui appelle à une régulation stricte du secteur, incluant le suivi sanitaire et l’accès à des équipements de protection.

Un enjeu climatique mondial
Le Bassin du Congo est le deuxième massif forestier tropical du monde et un important puits de carbone. Sa dégradation accélère le réchauffement climatique, modifie les régimes de pluie et menace la sécurité alimentaire de plusieurs pays d’Afrique centrale.
La Banque mondiale alerte sur un point de bascule écologique
Dans un rapport récent, la Banque mondiale avertit que la combinaison de l’exploitation minière, de la déforestation et de l’urbanisation pourrait provoquer un effondrement écologique irréversible en l’absence de régulation stricte.
Elle recommande :
– un renforcement des mécanismes de contrôle environnemental,
– l’application de normes d’exploitation fondées sur la transparence,
– et une participation accrue des communautés locales à la gestion des ressources naturelles.
Sans ces mesures, conclut le rapport, les retombées économiques à court terme seront largement dépassées par les coûts sociaux et environnementaux à long terme.
La protection du Bassin du Congo apparaît ainsi comme un enjeu stratégique global, à la croisée des politiques climatiques, des intérêts économiques et des droits des populations locales.











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