Une trentaine de professionnels des médias sont réunis à Cotonou pour renforcer leurs capacités sur les enjeux de la biométrie, entre innovation technologique et respect des droits fondamentaux.

À mesure que les États africains accélèrent leur transition numérique, la question de l’identité biométrique s’impose comme un enjeu stratégique, à la croisée de la sécurité, de la gouvernance et des libertés publiques. C’est dans ce contexte qu’un séminaire régional consacré à « l’identité biométrique et la sécurité des citoyens » s’est ouvert mardi à Cotonou, réunissant journalistes et experts venus d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.
Organisée par la Konrad-Adenauer-Stiftung à travers son programme SIPODI, en partenariat avec le Réseau des Journalistes Africains Spécialistes des Questions Défense et Sécurité, la rencontre se tient du 24 au 27 mars dans la capitale économique béninoise.
Au-delà d’un simple atelier de formation, cette rencontre traduit une préoccupation croissante : celle de mieux encadrer l’usage de technologies de plus en plus puissantes dans des contextes institutionnels parfois fragiles. L’atelier vise ainsi à renforcer les capacités d’une trentaine de professionnels des médias sur les dimensions sécuritaires, technologiques et juridiques de la biométrie.
Les participants, issus notamment du Bénin, de la République démocratique du Congo, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Sénégal, du Togo et de la Centrafrique, sont appelés à approfondir leur compréhension des mécanismes de collecte, de traitement et de protection des données personnelles, un sujet encore peu maîtrisé dans de nombreuses rédactions africaines.
« Les technologies biométriques s’imposent aujourd’hui comme des outils essentiels de gouvernance et de sécurisation des identités, mais elles soulèvent également des défis majeurs en matière de libertés individuelles », a déclaré Moïse Dossoumou à l’ouverture des travaux.

Dans les faits, de nombreux États africains ont déjà adopté ou accéléré la mise en place de systèmes biométriques, notamment pour l’identification des citoyens, la gestion des élections ou encore l’accès aux services publics. Cette évolution répond à des besoins réels : lutte contre la fraude, modernisation de l’administration, sécurisation des identités dans des régions confrontées à des menaces transnationales.
Mais cette montée en puissance de la biométrie n’est pas sans zones d’ombre. En l’absence de cadres juridiques solides ou de mécanismes de contrôle indépendants, les risques de dérives, surveillance abusive, exploitation des données ou atteintes à la vie privée, suscitent des inquiétudes croissantes parmi les experts.
« À l’heure où les technologies biométriques redéfinissent les mécanismes de gouvernance, il est essentiel de renforcer les capacités des journalistes afin de garantir une information juste, équilibrée et utile à la sécurité des citoyens et à la consolidation de l’État de droit », a souligné Tobias Ruettershoff, directeur du programme SIPOD-West.
Dans ce contexte, le rôle des médias apparaît comme déterminant, mais aussi délicat. Entre impératif de sécurité et protection des droits fondamentaux, les journalistes doivent naviguer dans un environnement technique et politique complexe, où les enjeux sont souvent peu visibles pour le grand public.
Les échanges de la première journée ont ainsi mis en lumière les disparités entre pays africains en matière de régulation des données personnelles, mais aussi le manque de sensibilisation des citoyens sur leurs droits numériques. Une situation qui, selon plusieurs intervenants, renforce la nécessité d’un journalisme spécialisé et rigoureux sur ces questions.
La visite de terrain à l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP) a permis aux participants de confronter ces débats théoriques aux réalités opérationnelles. Au Bénin, la biométrie est déjà intégrée dans plusieurs documents officiels, illustrant à la fois les avancées technologiques du pays et les défis persistants en matière de gouvernance des données.
À travers ce séminaire, le programme SIPODI entend ainsi encourager un dialogue plus structuré entre acteurs sécuritaires, décideurs publics et professionnels des médias. En filigrane, un objectif : éviter que la révolution biométrique en cours ne se fasse au détriment des libertés individuelles, dans des sociétés où les équilibres démocratiques restent parfois fragiles.










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